dimanche 16 avril 2017

Des plongeurs et du plancton dans le bleu

C'est le début d'un week-end un peu plus long que d'ordinaire, promesse de nombreuses et belles plongées sous-marines. Avant l'arrivée de la forte tramontane, le vent qui rend fou (du moins en ce qui me concerne je crois, pour vous je ne sais pas), nous voilà prêts à rejoindre mon épave catalane préférée, forcément la plus belle à mes yeux : l'Alice Robert.


Rapidement, Rodolphe nous amène sur son fier destroyer jusqu'à la bouée, ou du moins le bidon qui en fait office, et qui relie le monde mystérieux de l'épave à la surface agitée des eaux.
Palanquée après palanquée, nous nous jetons à l'eau vaillamment, dans un bleu immense.
Me voilà bien entouré, avec Jean-Marc et puis Lionel qui ne porte pas de gant, il est joueur, il me montre ses doigts, moi aussi je sais compter jusqu'à cinq.



Car 40 m plus bas, c'est un joli cargo qui nous accueille, armé il y a plus de 70 ans de gros et méchants canons. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est la vie extraordinaire qui se concentre sur cette épave, telle une oasis dans un désert de sable sous-marin. Nous voilà d'abord près du double canon sur sa tourelle, entouré d'un véritable nuage d'anthias qui se sont éparpillés à notre arrivée.


Nous partons à contre courant en direction de la proue ; après le château effondré, voilà un ancien support de canon, qui était encore vertical il y a deux ans, mais ce côté bâbord de l'épave est en train de s'effondrer et le support s'incline inexorablement.


Le mât tronqué se dresse fièrement vers le zénith.
Des milliers d'anthias tournent autour de ce totem en une ronde mystique.


Nous passons sous la tourelle bâbord, dont le canon s'est effondré, avec la sensation de pénétrer un peu dans l'épave et ses mystères.


Un couple de petites blennies est posé au-dessus des cales de la proue, au milieu d'un tapis d'anémones.


Jean-Marc me rejoint en faisant des bulles, a-t-il vu les blennies ?


Lionel éclaire les ouvertures des cales et semble bien tenté d'y pénétrer...


Mais nous continuons notre survol des superstructrures, non supertrusc, zut, me voilà narcosé !
Nous voilà au niveau de l'énorme canon qui trône face à la proue ; il a perdu récemment sa protection d'acier, tombée sur le pont sans doute entraînée par un mouillage. Tel un récif, il rassemble lui aussi de nombreux anthias autour de lui.


Je m'en rapproche pour admirer les magnifiques anémones bijoux dont il est entièrement recouvert.


Mais le courant de face devient de plus en plus fort et nous préférons ne pas rejoindre la proue. Un petit demi-tour et nous pouvons nous laisser porter par les eaux pour le retour. Déjà nous voilà à nouveau tout près du mât.


Sur le pont du château effondré, je remarque deux magnifiques vers tubicoles, des bispires, dont le panache est divisé en deux parties. Je m'approche prudemment, sinon les panaches risquent de se rétracter dans les tubes. Si cela vous arrive, vous verrez la partie supérieure du tube divisée en deux, ce qui explique ce double panache.


Cette fois-ci, nous contournons le mât par tribord, afin d'admirer le canon de la tourelle encore en place, entièrement couvert lui-aussi d'anémones bijoux.


Nous voilà déjà au bout qui nous relie à la surface, le retour dans le sens du courant a été très rapide. Nous avons un encore un peu de temps pour survoler l'épave jusqu'au canon de la cassure, en direction de la poupe disparue. Ce canon aussi imposant que celui de la proue est dressé vers la surface.


Avec dans nos mémoires assez d'images pour rêver de belles plongées pendant plusieurs jours, nous entamons la remontée à vitesse contrôlée le long du bout. Vers 6 m sous la surface, nous retrouvons les autres plongeurs, aux paliers.
Ce petit groupe pourrait paraître un peu désordonné...


Allons, un peu d'ordre dans tout ça pour les photos souvenirs !
D'abord la palanquée de Michel, qui n'en finit pas d'inventer de nouveaux exercices pour ses élèves.


Puis la palanquée des deux sirènes Élodie et Virginie.


Puis Fernand et Bernadette en pleine « discussion », et enfin Jean-Marc avec Lionel qui me surveillent du coin de l'œil...


En effet, me voilà tenté de photographier les merveilles qui passent autour de nous, au risque de mal respecter la profondeur des paliers.
D'abord de belles méduses complètement translucides, au chapeau raplapla.



Plus bas, passent de belles méduses pélagias, aux très longs filaments très venimeux (voilà pourquoi j'écrivais que Lionel était un peu joueur de plonger sans gants). Je résiste à l'envie de descendre la rejoindre, pour pouvoir la photographier à contre-jour...


Et puis il y a ces êtres luminescents aux formes invraisemblables, et qui semblent venus d'un autre monde.
Cette petite méduse néoturris se laisse porter par le courant.


Et puis des colonies de salpes formant un joli ruban, c'est sans doute plus sympathique que de traverser la mer entière en solitaire...


Un cténophore en forme d'olive semble se diriger à l'aide de ses deux tentacules, évitant les collisions avec la horde de plongeurs aux paliers.



Je resterais bien des heures à admirer ces organismes étonnants, mais les autres plongeurs entament leur remontée, et je ne vais peut-être pas risquer de retarder tout le monde. Tant pis, « je reviendrai ! » (*)

(*) : citation de Terminator, pour les cinéphiles

(article publié initialement sur le blog du club du Dauphin Catalan)

lundi 27 mars 2017

Premier plouf printanier !

En cette belle matinée ensoleillée, des plongeurs s'activent sur la plage, à la limite administrative entre Collioure et Port-Vendres très exactement.


Le club des Dauphins Catalans profite d'une mer d'huile, à l'anse de l'huile justement. De pauvres élèves en préparation N2 vont devoir affronter l'eau fraîche, sinon ce serait vraiment trop facile.

En plus on n'y voit pas grand chose sous l'eau ; voyez par vous-même :


Avec mon binôme qui n'a pas eu d'autre choix que de plonger avec moi (ce n'est pas son jour de chance), nous croisons la palanquée de Vitginie qui s'apprête à entamer un nouvel exercice :


Je n'ai pas réussi à deviner lequel ; peut-être les élèves non plus d'ailleurs !

Nous prenons la direction du Nord, l'eau y est plus fraîche encore, et plus profonde.
De nombreux planaires roses tentent vainement de nous barrer la route, mais nous arrivons à sauter par dessus.


Des beaux cérianthes, proches parents des anémones, ouvrent leur panache pour nous attraper au passage et nous dévorer. Mais ils ne nous auront pas cette fois-ci.


Une belle colonie de cladocores exhibe ses milliers de polypes, pour se nourrir de la soupe dans laquelle nous pataugeons gaiement.


Le saviez-vous ? Les cladocores sont des coraux, cette espèce est particulièrement menacée d'extinction, et un des membres du dauphin catalan, passionné de biologie sous-marine, étudie leur développement dans les eaux de la côte Vermeille.

Nous continuons, nous nous enfonçons dans les eaux sombres pleines de vilaines grosses bêtes pleines de pinces coupantes, comme cette petite galathée qui se cache dans les anfractuosités du coralligène.


Mais la lutte pour la vie sous-marine est rude, ici une gorgone blanche a été colonisée par des alcyons rouges, dont tous les polypes semblent fleurir en un splendide bouquet fragile.


Nous voilà au plus profond de notre aventure sous-marine, sur le coralligène à -18 m ; je reconnais les différentes roches au début, puis me voilà rapidement perdu.
Je n'ai plus qu'à demander mon chemin aux autochtones :


Non, je n'ai pas déversé ma photo, la langouste peut vivre aussi bien sur le côté qu'à l'endroit ou à l'envers. Une langouste, ça n'a pas de sens.
Nous voilà bien avancés.

Voilà un joli bouquet d'anémones jaunes ; elles restent ouvertes en toute saison, mais ne sont-elles pas encore plus belles au printemps?


Mais le temps passe, et j'ai promis de ne pas rentrer trop tard, sinon mon binôme va attraper froid et sa moitié va me gronder s'il s'enrhume.

Je prends la direction du Sud, nous remontons rapidement sur un petit plateau à -9 m. Là les castagnoles batifolent dans le bleu gris, et c'est bien beau.


Nous retrouvons la remontée vers l'anse de l'huile, et ses petites roches habitées par maints petits poissons, dont cette rascasse, dont le mimétisme est un peu fatigué sans doute après une nuit trop arrosée (d'eau de mer bien sûr).


Et voilà la plaine de posidonies, à perte de vue, c'est à dire dans les 50 cm devant soi.


Mon binôme Franck ne grelotte pas trop encore, la photo n'est pas trop floue :


Normalement, nous devrions arriver sur la plage de sable... Mais voilà une barrière de roches, nous sommes dans 3 m d'eau, et nous remontons pour nous orienter ; nous avons traversé toute l'anse au lieu de la remonter vers le sud. Nous rejoignons gaiement le bord en palmant en surface sur le dos, pendant qu'une autre palanquée émerge presque au même moment, et que 3 parachutes de paliers nous indiquent que la dernière palanquée n'est pas loin non plus.

À bientôt pour de nouvelles aventures sous-marines !

(article publié initialement sur le blog du club du Dauphin Catalan)

jeudi 8 décembre 2016

La mer sans limites

C’était une matinée de décembre ensoleillée, la mer d’un bleu sombre semblait bien accueillante à nos yeux de plongeurs en manque de bulles.


Dès l’immersion, mon binôme et moi dûmes nous rendre à l’évidence : ça sautait aux yeux, on n’y voyait pas grand chose !
Nous prîmes le cap plein Nord, dans un premier temps ; nous survolions la plaine de sable recouverte d'herbiers de posidonies, toutes grignotées par les hordes affamées de saupes sauvages durant l'été dernier.

Comme à l'accoutumée, après quelques minutes de palmage nous obliquâmes au cap Nord-Ouest pour rejoindre les roches de coralligène où se concentre habituellement la faune que j'aime bien photographier : crustacés, nudibranches, et poissons de roches.

Voilà un premier crustacé, un petit bernard l'ermite qui semble occupé à grignoter quelque chose, accroché à une gorgone blanche tel l'acrobate d'un cirque sous-marin sans autre public que deux plongeurs un peu perdus dans cette eau bien verte.


Avec la profondeur, la luminosité disparut et nous évoluions maintenant à l'aide de nos lampes dans un univers sombre et inquiétant.

J'en étais réduit à photographier de très près les branches vermeilles des alcyons, colonies de magnifiques petits organismes ou polypes qui ressemblent à des petites fleurs blanches.


Tout pouvait arriver avec un peu d'imagination : un monstre gluant avec des grosses dents pointues prêt à nous câliner gentiment, ou tout simplement une belle étoile de mer rouge.


Mon binôme Daniel me surveillait assidument ; on aurait vite fait de se perdre de vue dans une telle soupe...


Les castagnoles, ces jolis petits poissons des récifs méditerranéens, se perdaient cette brume aqueuse couleur menthe. Pourtant je pouvais deviner leurs esquives, lorsque je m'approchais des roches qu'elles gardaient consciencieusement ; elles s'écartaient à mon passage, leur banc se divisait devant moi et se reformait derrière.

Des bouquets de petites anémones jaunes recouvraient les parois les plus abritées.


D'autres animaux déployaient leurs tentacules pour attraper les plongeurs de passage, ou plutôt les petits organismes plus à leur échelle ; j'esquivais savamment ce cérianthe qui déjà rétractait ses petits bras musclés.


Une éponge axinelle s'élevait en une forme complexe, ses ramifications se croisant en un enchevêtrement serré. Où passer ?


Mais en plongeurs avertis nous ne nous laissâmes pas prendre dans ce filet perfide, une petite manoeuvre savante avec nos palmes suffit à le contourner : palme gauche en l'air, puis appui prononcé sur la palme droite, freinage de la palme gauche par rétro-pédalage, et une dernière flexion inversée des deux palmes du mieux possible tête redressée. J'ai parfois l'impression de raconter n'importe quoi, ne vous y trompez pas, c'est vraiment n'importe quoi assez souvent !

Nous voila parcourant une sorte de canyon, entre deux rangées de roches couvertes d'éponges et d'anémones.
Une rosse étoile de mer laciaire étalait ses cinq bras, savourant la fraîcheur automnale de l'eau. J'ai encore la lettre g qui ne marche plus très bien sur mon clavier.


D'ordinaire, de belles langoustes nous attendaient de part et d'autre de ce long passage ; mais après les pêches extensives estivales, il ne restait plus que de toutes petites bestioles derrière de longues antennes.


Vus comme ça, on aurait pu nous croire perdus, mais en fait nous étions réellement perdus. J'avais bien ma boussole mais elle ne tournait plus, peut-être les piles étaient usées.

Alors nous avons erré longuement, laissant derrière nous quelques bulles amères dans cette eau bien sombre. Les fonds remontaient doucement...

Soudain, je tombais sur un repère connu : une borne de géomètre !


C'était la limite de la mer. D'un côté, la mer. Bon. Mais de l'autre côté, la terre ? Pas vraiment, il y avait encore de l'eau a priori. Cela méritait vérification, gloup, oui, c'était encore mouillé. C'était donc la mer qui avait empiété sur la terre. En l'absence de marées, c'est plutôt énigmatique. Cela mériterait une enquête sérieuse auprès des autorités compétentes, avec nomination de commissions et de sous-commissions. C'est inquiétant cet agrandissement de l'anse de l'huile...

Mais je vais vous laisser, je vais prendre de l'acide acétylsalicylique. Mais je vais quand même vous raconter comment s'est terminée cette petite plongée : nous sommes remontés à la surface et nous avons rejoint la plage sous notre beau soleil du Roussillon.