mardi 9 juin 2009

Brèves de paliers

Je vis recluse sur un grand navire immergé.



Je ne suis pas bien grande, et le bananier est tout un univers à mon échelle.



Ma passion, c’est la recherche de la beauté parmi les êtres qui m’entourent.
J’admire les sabelles, qui se cachent si on s’en approche trop vite ; pour ma part, je n’ai pas trop à ralentir...



Et je passerais des éternités à contempler les anémones bijoux.



Le coin aurait pu être un vrai petit paradis pour flabellines ; mais il a fallu que certains veuillent le navire entier pour territoire. Vous ne voyez pas à qui je fais allusion ? Mais à Bébert le congre !



À force de se battre avec Robert, il a le museau tout écorché !
Robert ? C’est lui :



Ils ont l’air sages comme ça, l’œil penaud, cachés dans leurs souricières.
Mais il faut les voir durant leurs combats nocturnes : on ne peut plus dormir tant ils font du raffut !

C’est décidé. Je pars, je quitte le navire.



J’ai longtemps hésité sur la direction à prendre, quand je suis tombée sur un fil qui semblait monter vers la surface. Ça prendra du temps, mais je grimperai jusqu’en haut, loin de Bébert, de Robert et de leur tapage nocturne.



L’eau devient de plus en plus lumineuse autour de moi ; le fil est presque vertical maintenant. C’est très difficile de grimper.
Un banc de sardines tourne un instant autour de moi, en grands cercles de lumière.



Les reflets argentés entament une ronde autour du fil.



Le spectacle lumineux s’éteint brusquement, une silhouette apparaît dans les eaux... Est-ce un prédateur de sardines ?



C’est peut-être aussi un mangeur de flabellines !
Je continue mon ascension...
J’approche de la lumière.



Au bout du fil, j’aperçois une grosse boule jaune...



J’atteins la bouée. Cela fera une résidence tranquille, loin des congres !
Mais voilà que la bouée est tirée hors de l’eau...

Au secours, j’ai besoin d’eau !
Je suis toujours sur ma bouée jaune, sur le pont d’un petit navire.



Avant d’étouffer, je dois replonger dans mon élément liquide !
J’approche du bord...
Voilà !
Je suis à la surface, le bateau s’éloigne déjà...



Je vais devoir retourner supporter Bébert et Robert encore quelques nuits... Mais un autre fil venu de l’espace viendra me délivrer, et je l’accrocherai au fond avant de grimper. Bientôt !

****

«Foifoi, on dirait que quelque chose de mauve vient de tomber à l’eau, là, à côté du bout, qu’est-ce que c’est ?»

****

Post-scriptum : lors de longs paliers, parfois, on ne sait vraiment plus quoi photographier ! On a le temps d'inventer de petites histoires...

Épicurisme aux Roches bleues

Une bonne plongée...

C’est d’abord se retrouver un vendredi soir en fin de journée, l’esprit un peu embrumé par une semaine de labeur, sur un petit parking tout près du bord de la Méditerranée... Nous sommes six ce soir à nous être donné rendez-vous à 19h aux Roches bleues.



Hé oui, on ne voit que cinq plongeurs sur cette photo, le sixième étant derrière le viseur de cet appareil photo... La prochaine fois je prendrai le pied photo !

La plage est déserte, le soleil est un peu timide, mais l’eau semble claire.



19h30. On y va !
La visibilité n’est pas trop mauvaise en surface. Bon, au début on rencontre surtout des cailloux !



Pas très loin de la surface, des anémones servent d’hôtels à de minuscules crevettes Paramysis helleri, qui nagent rapidement dans tous les sens, comme paniquées à notre vue.



Dès les premiers mètres aussi, nous rencontrons les herbiers de posidonies, habités de nombreuses girelles et de sublaires au mimétisme presque parfait avec leur environnement.



Nous recherchions des hippocampes dans les herbiers, nous ne les avons pas trouvés...
Suivi ou précédé de JR, nous prenons notre temps, je peux prendre des photos quand je veux, je suis aux anges...

Je commence par les petits poissons classiques...
Le triptérygion jaune à tête noire, ici avec une tête un peu plus claire que d’habitude.



Il aurait presque un air de famille avec le poisson précédent !
Je recherche l’un de mes sujets préférés, la blennie.



Ben, ce poisson a les mêmes yeux que le précédent, cerclés de rouge...
Est-ce une mise en scène où le décorateur aurait perdu les pièces du puzzle de chacun des acteurs de la pièce de la vie ?



La blennie se moque de moi (vous voyez : elle rigole !), je crois que je suis un peu fatigué...
Nous arrivons sur les roches de coralligène, créées par des algues qui fixent le calcaire et pas par les coraux ; comme les noms sont trompeurs... C’est le domaine des créatures à pinces, qui sortent plus facilement que le crépuscule approche.



La galathée est encore farouche, il faut la prendre par surprise en photo, mais la langouste nous attend toutes antennes en éveil.



JR me montre une petite cigale. Il a l’œil perçant ! Il m’étonnera toujours...



La petite cigale est immobile ; dans l’obscurité, seuls ses yeux brillants trahissent sa présence. À quelques centimètres de la cigale, un labre entame sa nuit, à l’abri d’une faille.



Ses couleurs sont magnifiques ; mon flash ne le réveille pas, mais comment en être sûr ? Il n’a pas de paupière pour indiquer son réveil.

Mais le site des Roches bleues recèle aussi ses petits trésors de nudibranches, comme cette doris tricolor.



Aurait-elle une vie nocturne ? Est-ce qu’elle dort parfois ? Pour le savoir il faudra revenir vraiment de nuit, bientôt...
Les tylodines jaunes en sont au souper ; au menu : comme d’habitude, de l’éponge jaune bien sûr. C’est tellement bon (enfin pour elles).



Pas très loin de ce festin, nous admirons la ponte d’un autre nudibranche qui ne s’est pas montré ; dort-il déjà ?



Des milliers d’œufs sont là, minuscules ; j’ai du mal à imaginer la taille minuscule des bébés nudibranches qui vont éclore bientôt.

La lumière disparaît peu à peu au fond des eaux, tandis qu’en surface le soleil se couche à l’horizon. L’ambiance devient fantomatique...



Pour les dames qui lisent mes histoires, je prends encore un cliché de spirographe, la «fleur» marine qu’on aimerait offrir à sa dulcinée.



Nous sommes immergés depuis plus d’une heure, nous regagnons la plage pour que les autres plongeurs ne s’inquiètent pas (qui c’est qui a les clefs des voitures ?!)



On est presque en surface, les palmes émergent ! Nous arrivons à la plage bon derniers, et entamons lentement la remontée à pied vers le parking...

Le changement de tenue est très rapide, nous revoilà en tenue terrestre. JR sort la table pliante du coffre...



Miamm, du saucisson, de la viande fumée, du vin rosé et des petits gâteaux !

La plongée, c’est un sport d’épicuriens.
Carpe diem !

Post-scriptum : finalement, JR voulait me montrer le joli labre multicolore, il n'a pas vu la petite cigale !

(Article publié initialement sur le blog du Dauphin Catalan et sur le forum de Passion-Plongée le 7 juin 2009)

Eau verte ou Grand Bleu (3ème partie)

Je ne sais pas résister à l’appel du Grand Bleu...

En ce lundi de Pentecôte, c’est sur l’Alice Robert que nous irons à la rencontre de l’Esprit Saint, une fois de plus et pour le plus grand plaisir des plongeurs qui ont fait l’effort de ne pas travailler (je sais, pour certains, plonger est leur job !).

La mer est d’huile, la tramontane prévue ne s’est pas encore levée. Sur le site, au milieu de la mer, seuls quelques oiseaux sont posés sur l’eau ; d’habitude quelques pêcheurs du dimanche tentent leur chance, mais aujourd’hui c’est lundi !

Notre palanquée descend dans le grand bleu ; comme la veille, la visibilité est excellente même si l’eau est sombre, le fond de sable et de galets apparaît même autour de la coque à -52m... C’est un vrai bric à brac où se sont entassés des débris de toute sorte provenant de l’épave et de filets abandonnés ; si on avait le temps, on pourrait partir à la chasse au trésor : de nombreux plongeurs ont perdu du matériel sur cette épave (phares, caissons photo...).

Nous rejoignons le pont en descendant le long du mât. Un canon simple sur une tourelle est recouvert d’anémones bijoux.



Nous rejoignons le château. Nous faisons fuir un congre qui se baladait en pleine eau.



Comme la veille, nous pénétrons dans la coursive tribord, mais directement au second niveau sous le château.



Hum, je vais enlever le flash interne (ben oui, mon caisson DX-1G sur lequel j’ai le flash externe est toujours en réparation...).



C’est plus bleu ! Mais les anthias ne savent pas tenir la pose et sont un peu flous...
Il y là quelques bouts de fils (de pêche ?) qui gênent un peu notre progression ; nous remontons sur le château, par une ouverture dans le plafond dont il ne reste que la superstructure.



Notre ami le schtroumpf plongeur a bien fait de se joindre à notre palanquée !

Nous continuons dans la direction de la poupe, ou du moins dans celle de la cassure de l’épave.

Le double canon pointe... vers la poupe je crois !



Flûte, on ne voit qu’un fût (celui dont le refroidissement nécessite un « certain temps »).
Je la refais avec ma binômette préférée.



Ce double canon est bien au-dessus du pont ; nous survolons la partie arrière jusqu’au canon vertical de la cassure.



Le filet qui recouvre la partie bâbord de l’épave continue après la cassure, jusqu’à perte de vue. Il est immense !

Nous retournons vers la proue, tranquillement... Hum, peut-être trop tranquillement d’ailleurs, les paliers commencent à s’accumuler et on va dépasser le temps maxi indiqué par le directeur de plongée. Mais il nous reste de l’air, bien plus de la moitié, tout va bien.

Je m’approche des petites anémones bijoux , de véritables joyaux fixés sur la coque. Elles ont des nuances vert tendre à leur périphérie.



Le schtroumpf me montre son manomètre, il est à mi pression ; mais nous sommes déjà sur le chemin du retour.



Mais le petit plongeur bleu ne regarde pas où il va, serait-il narcosé ?



Là, il y a comme un problème...
Plus le petit plongeur se débat, plus il s’emmêle ; on lui avait bien répété de ne pas bouger dans une telle situation : c’est au binôme de libérer...

Mais voilà une godive orange plus grosse que le schtroumpf qui arrive ! Est-ce la même que celle rencontrée la veille sur ce même filet ?



Et une autre encore qui la rejoint par dessous !



Les godives, telles des araignées sur leur toile, font du pauvre schtroumpf une bobine de fil !
Voilà donc l’explication des fines mailles de ce filet, qui ont été adoptés par les godives pour piéger les schtroumpfs plongeurs...

Mais nous ne pouvons pas nous attarder sur les lieux du drame, nous rejoignons le canon en avant du château, près duquel se trouve la gueuse.



Un cérianthe jaune s’est fait une petite place au milieu des petites anémones bijoux.



Mais la gueuse a disparu... Elle a déjà été remontée par le chef en surface ! Ce n’est pas grave, nous avons repéré un vieux bout partant du bord de la coque et se perdant en pleine eau. Je le prends en main et nous nous dirigeons vers la surface. Vers -10m, le bout se termine. Trop court ! Je teste le poids de la gueuse perdue, c’est trop lourd pour être remonté en pleine eau. J’abandonne le fil trop court, et largue mon parachute de palier ; une autre palanquée nous a rejoint et sort également son parachute : en surface ils savent que les dernières palanquées sont aux paliers pour... 16 mn !

Il n’y a pas de courant et les seuls sujets photographiques sont :
- des poussières qui passent autour de nous, ce doit être du plancton. C’est loin d’être aussi photogénique que les créatures célestes aperçues samedi.



- heureusement, il y a aussi ma binômette, qui a 4 mn de moins de paliers affichés sur son ordinateur ; ma plongée de la veille n’est peut-être pas étrangère à mon supplément de paliers.



À la sortie de l’eau, un comité d’accueil nous demande « gentiment » ce qu’on a fait pour avoir tant de paliers (oui, heu, le DP avait fixé 8 mn maxi !)...
J’ai bien essayé de leur expliqué qu’on a secouru le schtroumpf plongeur !
Ben oui, je n’allais pas le laisser se faire dévorer tout cru par des godives oranges géantes affamées et pleines de dents...

Vous savez quoi ? ils ne m’ont pas cru !

(Article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 1er juin 2009)

Eau verte ou Grand bleu (2ème partie)

Le lendemain, nous retournons prendre notre dose d’azote et de grand bleu…
La descente se fait lentement, comme la veille en suivant le bout d’une gueuse larguée par Sylvain précisément sur l’épave.
Nous apercevons le haut du mât à -25m.



La croisée assez large permettrait la pose d’une balancelle !

Je suis mon binôme, en direction de la proue.



L’eau est encore assez limpide, mais la lumière naturelle fait défaut aujourd’hui.



Un groupe d’anthias (les jolis poissons rouges) s’amuse à tourner autour du canon de proue horizontal.
Nous passons devant la proue.



Je fais signe à Philippe de s’arrêter pour la photo… Il manque un grand angle sur mon Coolpix 7900 pour vous faire profiter de la scène ; dans la réalité, je vois le canon au-dessus de Philippe, le mât qui se dresse plus loin, la ligne de la proue, et sous moi, le vide… Le sable sur lequel repose l’épave se trouve environ 15m plus bas, mais je ne peux pas le voir, une couche de brouillard le masque.

Nous repartons vers l’arrière. Des lances à eau ont été colonisées par les anémones bijoux.



Nous rejoignons le château ; nous pénétrons dans la coursive tribord (la coursive bâbord est recouverte en partie d’un filet, que je vous ai montré hier).

À l’intérieur des coursives, des nuages d’anthias s’écartent à notre approche.



Comme la veille, nous rejoignons la cassure et admirons le canon érigé vers la surface.



Nous repartons vers la proue pour rejoindre le bout.
Des loups longs d’un mètre s’échappent des ouvertures de la coque pour chasser. Je comprends pourquoi les pêcheurs à la ligne apprécient ce site !
Des petits corbs se mêlent aux tacauds au-dessus du pont en teck.

Le double canon sur sa tourelle est toujours aussi imposant.



Mais aujourd’hui, nous n’avons pas aperçu de poisson lune… Il faut dire qu’il y avait deux bateaux de plongée sur le site, et que nous avons croisé de nombreux plongeurs sous l’eau.

Mais notre palanquée, en balade tranquille, a pris le temps d’admirer des petites créatures qui peuplent également l’épave.
Un couple de flabellines et sa ponte se détachent des tôles rouillées, mais attention aux apparences, peut-être que ce n’est pas un couple et pas leur ponte non plus... La vérité n’apparaîtra peut-être jamais, mais j’en dormirai quand même la nuit.



Une grassouillette godive orange se promène sur le filet de babord.



Je vous disais que la maille du filet était petite !

Une flabelline d'Ischia sur un hydraire ressemble à un petit dragon de mer, avec ses nombreuses « ramifications »…



Nous sommes remontés le long du bout, pour entamer nos 14 mn de paliers, et pourtant cette fois-ci, mon ordinateur n’était pas majoré !

Par curiosité, j’aimerais bien plonger sur la partie arrière détachée de l’Alice Robert, entre 1/3 et 1/4 de la longueur du navire, et admirer ses hélices, si elles émergent du sable… Peut-être que les poissons lunes rejoignent la poupe quand les plongeurs descendent à la proue de l’épave.

(Article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le dimanche 31 mai 2009)

Eau verte ou Grand Bleu (1ère partie)

Au printemps, l’eau prend souvent des teintes vertes ; les plongées se font dans une ambiance crépusculaire qui ont leur charme, un peu comme lorsqu’on se promène dans le brouillard au Mont Saint Michel.

Un exemple ? Une plongée du week-end dernier sur le site de la Moulade, à Collioure, en présence d’Homo palmus, notre célèbre plongeur biologiste.



Remarquez que je ne m’en plains pas : la présence de ces micro-algues vertes dans l’eau sont dues au réchauffement des eaux en surface. Par ailleurs, les étoiles de mer glaciaires se font plus rares ;-)

Durant ces plongées, on essaie de ne pas perdre sa palanquée, et on observe plutôt les petites bébêtes.
Pour ma part, j’aime concilier les petits sujets avec le paysage qui fait ressortir l’ambiance de la plongée.



Les nudibranches nous offrent des palettes de couleurs moins vertes. La godive orange est plutôt… orange, bravo !



Et la tilodyne jaune ?



C’était facile !
Quand la lumière est absente en plein après-midi, les petites cigales nocturnes perdent leurs repères temporels.



Celle-là vient renifler mon objectif… mince, c’est flou !
Les petites étoiles de mer ajoutent une note de rouge à la palette de cette plongée.



Celle-là a eu un accident, elle a traversé le site de plongée sans regarder et s’est retrouvée avec un bras en moins ; mais quel plongeur assez affamé a pu l’amputer ainsi sauvagement ? (non, ce n’est pas moi).

J’ai oublié de vous dire que ce jour là, j’ai trouvé une plaquette blanche du trésor 2009, correspondant à une plongée gratuite chez Antares Sub. Trouver cette plaquette en plongeant chez Antares Sub, c’est un comble !

Donc ça, c’est quand l’eau est verdâtre.
Mais il y a en Roussillon la Tramontane, vous savez, je vous en parle souvent, il a les mêmes effets que le radjaïdjah, le « poison qui rend fou ».

La tramontane a soufflé fort plusieurs jours, puis s’est calmée en fin de semaine.
Ce matin, je vais utiliser ma plongée gratuite chez Sylvain donc ; au programme, l’Alice Robert.
C’est que la mer est calme, et le soleil est au rendez-vous.



Le cap Béar est visible depuis Port Argelès, et on devine au loin le cap Creus.



Sylvain, notre capitaine, largue une gueuse à l’emplacement indiqué par son GPS, dont les coordonnées sont gardées secrètement dans un coffre dont la clef est cachée au fond d’un puits…



On s’apprête à descendre, l’épave nous attend 40m plus bas… Autour de nous, le vert semble avoir disparu : c’est le Grand Bleu ! Merci qui ? Merci la Tramontane !

La gueuse nous mène à côté du mât. Suivez-nous, je vous invite à visiter le Bananier !



À la proue, un canon horizontal attend un dernier ordre qui ne viendra jamais pour tirer…



Mais Sam mène la promenade, il semble décidé à profiter de la bonne visibilité pour faire le tour de l’épave, moins la partie arrière, manquante…



C’est bon, Sam, j’ai fait la photo, tu peux quitter la pose !

J’ai oublié de vous préciser que la proue du Bananier est habitée par un poisson sympathique que nous aimons bien croiser.
Ah, le voilà !



Le poisson lune vient dans notre direction ; un petit poisson semble l’accompagner !
Puis il effectue un large virage et se perd dans le bleu infini.



Vu de derrière (ou de face), le poisson lune n’est pas très épais !

D’autres canons attendent l’ennemi.



Nous revenons vers le château (mais où se cache la Belle aux bois dormant ?).



Des anthias vermeils nous font la fête…
D’immenses filets à petite maille (2 cm) recouvrent le château côté bâbord. Ils ne semblent pas dangereux pour les poissons environnants (que peut-on pêcher avec ça, la crevette ?).



En revanche, ils pourraient piéger facilement un plongeur qui voudrait ressortir des coursives bâbord.
Le schtroumpf plongeur serait le plus exposé.



Un congre se cache sous les tôles…



Les poissons de l’épave semblent apprécier l’eau ferrugineuse et la rouille…

Sur le château, un véritable aquarium nous attend.



Des anémones bijoux recouvrent de nombreuses parties de l’épave (certaines poutres du château, le mât, les canons…).



Derrière le château, un double canon sur une tourelle attend également l’ordre de mise à feu.



Enfin, juste avant la cassure, un dernier canon (simple) pointe au zénith.



Nous ne pouvons pas trop nous attarder… l’ordinateur affiche quelques minutes de paliers déjà.
Nous repassons de l’autre côté de la tourelle du double canon.



Sam est toujours devant, suivons le guide !



Oh, une petite sabelle… il y a quelque chose qui remonte du tuyau à côté !



Je tire sur la queue du congre ? Non, je vais le laisser là, dans la position de l’autruche (non ce n’est pas cochon).

Nous nous rapprochons du mât le long duquel nous allons entamer notre remontée.
Une petite doris rose utilise les mailles d’un filet pour escalader le mât.



La remontée se fait lentement le long du mât… Du haut du mât, nous rejoignons le bout qui nous mène aux 14 mn de paliers inscrites à mon ordinateur.

14 mn ?
Zut, j’avais durci mon ordinateur lorsque j’avais effectué deux plongées dans la matinée un week-end précédent… Les yeux de mes compagnons de palanquée s’exorbitent lorsque je leur annonce mon temps de paliers ! Eux même n’ont que 6 mn d’affichées. Tant pis, on fera tous 14 mn !



On verra ainsi remonter les autres palanquées, qui feront leurs paliers et rejoindront la surface avant nous.
J’en profite pour me balader autour du bout, en cercles pas trop larges qui me permettent de toujours voir mes compagnons.
Je poursuis des créatures certainement venues d’ailleurs…



Peut-être sont-elles attirées par nos bulles saturées d’azote ?
Elles n’ont pas de couleur, elles ne sont que lumière.
Elles naviguent dans le faible courant, telles des vaisseaux extra-terrestres.



Des centaines d’êtres ressemblant à des gamètes sont agrippés à ce vaisseau, prêts à conquérir le Grand Bleu.

Mais les 14 mn de paliers se terminent et je ne veux pas prendre de risques avec ces créatures bizarres.

****

L’Antares fend les flots, laissant derrière nous l’Alice Robert, son poisson lune et ses créatures célestes.



Le monde doit savoir…

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Post scriptum : merci à Sylvain et à son équipe pour cette superbe plongée sur l’Alice Robert (Bananier) offerte par letresor.net

(Article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 30 mai 2009)

samedi 30 mai 2009

Bernardi au crépuscule

Je m’aperçois avec stupeur, qu’emporté par ma fougue et mon inspiration, je ne vous narre pas mes plongées dans des comptes rendus facilement compréhensibles. Honte à moi... Pour anticiper toute protestation, je m’en vais vous conter ma plongée d’hier soir.
Il faut d’abord vous dire que la Tramontane a fini par souffler très fort cette semaine, et M. Météo annonce « force 7 ! », donc ça décoiffe. C’est pourquoi (« itaque » se plaisait à souligner mon professeur de latin il y a de nombreuses années), nous nous rendîmes hier soir à l’anse Bernardi, abritée de la tramontane par le cap Béar.

Je ne m’étendrai pas sur les qualités de cette plage, c’est tout simplement l’une des plus belles de la Côte Vermeille.

20h00 (après une dure journée de labeur, si, je vous jure !). Voyez la fine fleur des plongeurs du Dauphin Catalan, rejoignant allègrement le point de mise à l’eau, à l’abri du vent.



C’est parti. Nous nageons quelques mètres en surface ; l’eau nous apparait assez claire.

JR, mon binôme courageux (de me supporter), semble motivé.



Le petit inconvénient de ce site, c’est qu’il descend un peu trop doucement... Alors on se promène en palmant tranquillement, dans une eau encore un peu fraîche (16°). Nous laissons partir devant nous l’autre palanquée, qui semble bien avoir l’intention de palmer pour se réchauffer.

La plongée va se dérouler dans moins de 7 m d’eau. En cette fin de journée, la faune est encore peu présente...
Nous croisons un grand nombre de tout petits nudibranches.



Ce sont des élysies timides (presque un prénom féminin – mais pas ce n’est pas toujours le cas pour l’épithète).



Le paysage est printanier ; le fond de la baie est sablonneux, mais nous longeons les roches côté Nord-ouest de la baie.



Des petites algues « acétabulaires » en formes de petits champignons couvrent la surface supérieure des roches.



Peut-être que c’est bon en salade ?
Le temps passe lentement, nous apprécions le silence et le calme.



Il est zen, JR !

Quelques poissons nous font face, peu intimidés.



Celui-là, il veut me montrer quelque chose... Je le suis.



Oh, une actinie rouge bien ouverte...
Il y en a aussi des renfermées (timides ?), grosses comme des belles tomates.



De jolis spirographes déploient leurs panaches à notre passage.



Les cérianthes se laissent admirer dans la lumière du soir.



Un petit oursin git, à moitié écrasé, quelques pieds piquants en moins...



Les fonds sous-marins sont le théâtre de drames que l’on n’ose imaginer...

La pénombre s’installe peu à peu sous les eaux ; peu à peu les habitants du soir sortent leurs antennes.



Ce n’est pas encore une plongée de nuit, c’est plus romantique, c’est simplement le crépuscule.



Hum, ce n’est pas très rassurant, toutes ces petites bébêtes qui sortent de partout, avec des pinces, des antennes...
Il est temps de rentrer avant que les plus grosses bestioles n’arrivent à leur tour !
Nous revenons en direction de la plage, en coupant à travers la baie ; c’est un fond de sable, quelques poissons dont on ne voit que les yeux y sont enterrés (des petites vives), des gros bernards l’ermite se promènent sur le sable mais se cachent dans leur coquillage à notre approche.

La surface n’est pas loin... J’aime regarder les vagues par en-dessous.



La lumière du soir, trop rasante, pénètre peu la surface des eaux.

Le fond sableux forme des vagues perpendiculaires à la côte, il est assez facile de s’orienter.
Nous sortons de l’eau, au bout d’une heure d’immersion, l’esprit reposé.

Nous sommes surpris, l’autre palanquée, partie en même temps que nous, n’est pas encore rentrée... Nous avons le temps de nous rhabiller, quand je vois une palme sortir de l’eau, près de la pointe sud de la plage... Ils ne sont pas loin !

Quelques minutes plus tard, l’autre palanquée émerge. Il est 21h30.



C’était presque une plongée de nuit !
Tout le monde est heureux : c’était une plongée bien sympathique !
Nous finissons de nous déséquiper avant de rejoindre nos pénates et nous remplir l’estomac qui crie famine !

Bientôt, on va reprendre les plongées de nuit, parmi les monstres nocturnes sous-marins !

Colorisation (états d'âme)

La surface des eaux de la Grande Bleue s’étend à l’infini, magnifique, depuis le Cap Creus jusqu’au Cap Béar.



Pourtant, mon univers sous-marin a une couleur menthe à l’eau...



La lumière naturelle peine à colorer les fonds de gorgones pourpres et les anthias vermeils.



Mais que s’est-il passé, qui a décoloré mon petit paradis ?



On va y remédier, ça sera plus joli. Colorons d’abord le décor ; les gorgones qui tapissent ces tombants verticaux. Il me faut du pourpre...



et un peu de doré pour la touche catalane...





Je vais ensuite exercer mon pinceau magique sur la vie fixée sur les fonds.
Un peu de jaune sur les petits soleils...



… et sur les bijoux.



Du rouge sur une fraise (miam !)...



Peu mobiles, les nudibranches seront mes prochaines œuvres. Commençons par une couleur unie, plus facile.



Rajoutons quelques nuances vermeilles au magenta.



Ça commence à devenir artistique, là je sens l’inspiration...



Non, je me suis trompé, ça ressemble trop à une vache tachetée. J’en refais un autre.



Une autre teinture ? Je me sens l’âme d’un coiffeur pour nudibranches aujourd’hui.





Et un ver tout raplapla aussi a droit à des liserés fins très seyants.



Je sais apprécier aussi les couleurs unies, passe-partout.



Simple mais superbe ; le liserai blanc à la périphérie lui va bien.

Et si on essayait de colorer quelque chose d’un peu plus rapide, maintenant que je suis échauffé ?
D’abord la langouste, coincée dans son trou.



Bon ben on se contentera de colorer les antennes et les pattes qui dépassent.
Le chapon aime bien le vermillon, ça tombe bien, il m’en reste.



Je l’ai un peu loupé, il reste des taches de blanc ; mais c’est difficile, avec toutes ces aspérités et ses algues tout autour ! Ah, un autre...



C’est mieux, vous ne trouvez pas ?
Pour les anthias, ces merveilleux poissons rouges méritent des nuances de bleu.



Les murènes ne se laissent pas approcher...



Sors un petit peu, je vais te rajouter des lignes et des points dorés...



N’aie pas peur !



Voilà, tu vois que ça te va bien, tu te laisses admirer !

Il me reste du jaune. Essayons sur ce petit triptérygion...



Zut, je n’en ai pas assez pour la tête !
Tant pis pour cet autre triptérygion, je change de couleur.



Le serran, jamais content, sera rouge avec des bandes de nuances subtiles (vous avez remarqué, on dirait qu’il fait la gueule).



Maintenant, au tour des blennies ; c’est qu’elles veulent être belles sans vraiment se montrer, pour me se faire désirer (ça vous rappelle quelqu’un ?).



Certaines préfèrent des nuances plus claires.



Il y en a que ça fait rigoler... (mais si, la blennie a une bouille qui rigole parfois !).



On va essayer les serpules, très rapides ; il faut les colorer sans les chatouiller, sinon, pfuitt, elles se rétractent.



Un peu plus grands, les spirographes ne se laissent pas faire...



La prochaine fois, je peindrai le tronc !



Maintenant, le challenge...



J’attends la sortie de la balane...



C’est trop rapide... Elle restera verte !

Il manque encore... ma binômette !



Tu viens, Geneviève... Non, Aïe! Heu, je crois qu’elle veut rester comme ça...
Voilà, je pense que c’est à peu près tout... C’est du bon boulot.

Mille tonnerres de Brest ! J’ai oublié... le poulpe !



Il n’a pas l’air content ; à chaque fois c’est pareil, il n’y a plus de couleur vive quand je pense à lui...



Je te le promets, la prochaine fois, je t’habillerai d’un arc-en-ciel !

Il est temps de partir vers de nouvelles aventures sous-marines, maintenant bien plus colorées.



Le week-end s’achève à Port de la Selva.



****
Moralité : je laisserai à Poséidon le soin de la seconde couche de couleurs...

Post scriptum :
Vous aurez remarqué que le poulpe est manchot (voire même cul-de-jatte). C’est qu’en Espagne, on mange des tentacules de poulpe dans la paëlla ! Miam !

mardi 19 mai 2009

Doris, Doris, Doris et les autres...

J’ai finalement décidé de m’installer définitivement près du Cap Gros, sous la « Maison bleue »… C’est un coin assez tranquille quand il n’y a pas trop de plongeurs (surtout des photographes).

Suis-moi, je vais te présenter à mes petits amis.



C’est par là.
J’ai des amis encore plus aplatis que moi (ben oui, ça existe). Par exemple le planaire, en pyjama blanc à rayures noires, très classique…



… ou bien mauve, à rayures blanches, pour les sorties festives.



Certains croient qu’il s’agit d’êtres différents, mais c’est juste un changement de costume.
Avec mes petits amis, on a une collection de parures d’été du tonnerre !
Vous me suivez toujours ? Je ne vais pas trop vite ? On repart à gauche …



Pour l’instant, je préfère rester enroulé dans mon pyjama, l’eau est encore trop fraîche !
Là, c’est petit Doris tricolore, il est un peu timide.



Voilà, on l’a vexé, il s’en va…



Ce n’est pas grave, j’ai d’autres amis à te présenter.
Voilà d’ailleurs un autre rampant. Montre nous ta jolie robe d’été !



Un peu plus bas vit le gros Doris, toujours aussi élégant.



Tu me suis ? On vas continuer sur la droite…



On va retrouver un copain rigolo…



Ce Doris là, il ne peut pas ramper tranquillement comme nous, il faut toujours qu’il fasse des cabrioles !
Hé tiens, voilà Flabelline ; elle, c’est la reine du trapèze, toujours en équilibre !



Ah, j’aperçois Cratena, qui s’étire sur son algue…



Elle s’est fait faire des couleurs chez son coiffeur, ça lui va bien, non ? (sinon, toute blanche, elle est quand même un peu moins attirante).

Viens, on va descendre un peu par là…



C’est que j’hésite encore parfois par ici…

Là ça y est, on s’est perdu…
Madame Blennie, vous n’auriez pas vu le petit Diaphorodoris luteocincta ?



Non ? Et heu, Madame Crevette, je recherche Diaphororodoriris (c’est comment déjà) ?



Te voilà, enfin… Tu sais, je vais t’appeler Doris aussi, pour simplifier



Doris, tu devrais t’habiller avec un peu plus de couleurs, prends exemples sur nos amis.

j’ai oublié de te présenter notre gardien, M. le Poulpe.



Il a l’air sympathique, comme ça, mais il n’a pas que des amis. Tu aurais vu la bagarre pour cette tanière, avec M. Congre… Il est à peine un peu plus loin, dans un autre trou.



J’ai peur qu’un jour (ou une nuit), ça soit le drame… Tu liras dans les journaux à scandale : un congre a dévoré un poulpe qui avait lui-même croqué sa crevette colocataire, encore un drame de voisinage ! Finalement, le coin n’est peut-être pas si tranquille...

Je crois qu’on a fait le tour de mon nouveau quartier. Tu dois rentrer déjà ? Tu reviendras me voir ?

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 10 mai 2009)

Arrêt sur image sous-marine

Chapitre 1er. Les Roches Bleues.
Le mois de mai commence (au choix exclusif) :
- par une grasse matinée
- avec un bouquet de clochettes de muguet,
- avec une manif (même pas contre la faim dans le monde),
- avec une plongée.

Bon ben on va plutôt choisir la 3ème option…
Rendez-vous est pris vendredi matin avec trois amis plongeurs des Dauphins Catalans au parking des Roches Bleues. La mer moutonne beaucoup, la tramontane souffle de plus en plus fort : le choix du site sera restreint ; puisqu’on y est, restons à la plage de l’Huile, l’eau y est plus calme. Mais, amis plongeurs, attention au lestage, l’huile n’a pas la même densité que l’eau de mer…

Comme dans un verre de menthe, l’eau qui nous entoure est verte… Les anémones jaunes sont aussi jolies que des clochettes de blanc muguet.



Mais quand les plongeurs pourront-ils profiter de l’odorat sous-marin ? On peut en avoir un aperçu par le goût. Bon ben c’est pas la peine de goûter, hein…
Parce que là on dirait un gros caca de nudibranche !



Suis-je bête… c’est une ponte de nudibranche. Par exemple comme celui-là :



Pour jouir de la vue cette magnifique godive orange, nous arrêtons le cours du temps…

Pour arrêter le cours du temps, vous ne savez pas comment on fait ? C’est facile, il faut plonger et consulter dans l’ordre :
- un poulpe sorcier qui va réciter une première incantation



- une vieille galathée et son assitant (celui qui s’occupe du balai magique quand la galathée a le dos tourné)



Et ensuite seulement la godive orange.



Je vous assure qu’alors le temps s’arrête. La preuve : quand vous vous retournez après avoir contemplé le joli nudibranche qui vous a ensorcelé, vous êtes tout seul sous l’eau ! Ben, où sont les copains ?
Heureusement, pas trop loin !

Hélas, la première plongée de mai a aussi une fin ; c’est pour cela aussi qu’on l’apprécie (car la fin de plongée annonce l’apéritif !)

****
Chapitre 2. Les Tignes.
Après un long week-end loin de la Grande Bleue, me voilà de retour à Perpignan, dimanche après-midi.
Comment résister à l’appel de la mer qui me dit « reviens, reviens ! » ?
Un coup de fil, et à 15h30, je suis revenu chez moi. Je veux dire sous l’eau.

Le site est composé de trois récifs qui remontent jusqu’à la surface.



Le relief compose des canyons, des cachettes pour les poissons, petits et grands… J’arrête le cours du temps…

Petits comme le tripterygion à tête noire :



Et plus gros comme les mérous (c‘est la réserve de Banyuls) :



Il y en a des plus clairs, un peu délavés :



J’arrête la course du temps…
Il faut aussi admirer les gorgones blanches et le paysage sous-marin.



Et puis le tombant magnifique qui remonte presque jusqu’à la surface…



Encore une fois, j’arrête la course du temps, pour savourer pleinement ce moment magique.
Mais, qu’est-ce donc que cette « chose » ronde presque transparente qui tourne autour de moi ?



Elle revient !



Non, je ne suis pas un numéro ! Ahhh !

*****
Time out - fatal error.
*****

Je reprends mes sens. Où suis-je ? Sous l’eau, il n’y a pas de doute.
Une ombre se rapproche de moi…



Elle vient me frôler !



Une otarie, en méditerranée ? J’ai dû passer à travers une faille spatio-temporelle, c’est l’explication la plus simple ! Je nage avec elle, à l’envers, c’est génial...



Tiens, je suis aussi une otarie ?

****
Run-time - fatal error.
****

Ah, me revoilà avec un détendeur dans la bouche…
Le paysage a encore changé.



Des milliers de petits poissons entament une ronde immense.



Une lumière apparaît au-dessus du tombant.



Et tous les poissons vont à la rencontre du soleil, je les vois s’élever jusqu’à la surface et les imagine s’envoler ensuite dans les airs…

Je crois qu’il serait plus sage de ne plus tenter d’arrêter le temps qui passe… Certains effets secondaires me dépassent.

****

Post scriptum :
Je m’aperçois un peu tard et avec effarement que j’ai mélangé mes photos des otaries du zoo de Plaisance du Touch avec mes photos de plongée. Je me disais aussi que c’était bizarre ! Peste soit de mon incorrigible distraction...

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 4 mai 2009)

jeudi 30 avril 2009

Âmes sœurs

Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais à chaque printemps, les genêts fleurissent.



Les fleurs sont partout !



Après cette introduction fleurie, tournons-nous vers la mer, car c’est quand même pour ça que vous lisez ce forum.

Elle est là, pas très loin de ces fleurs, immense.



Tout aussi immense que le ciel infini…



Excuse-moi, je digresse… Je devais raconter les fonds sous-marins.

J’ai donc retrouvé samedi matin notre ami Charlie (sans ses drôles de dames - ah bon, on la fait souvent, celle-là ?) pour deux petits ploufs dans la grande bleue à Argelès-sur-Mer.

Pour être précis, la grande bleue est devenue verte.



Cette ambiance verte a aussi son charme, n’est-ce pas ?

Quelque part, un signal a été donné… celui des amours !

Il y a d’abord les amours heureuses, celles des deux godives oranges en pleins ébats amoureux.



Je sais, c’est difficile à voir sur ces clichés, ces entrelacements de corps vibrants d’amour.



Mais je préserve ainsi un peu de leur intimité ; je te laisse imaginer la scène selon tes propres fantasmes.

Les petites cigales sont dérangées par notre arrivée. Je ne pourrai pas te montrer leurs ébats, mais juste une cigale qui me fait les gros yeux.



Il y a aussi le fruit des amours.
Les œufs pondus :



Ou sur le point de l’être par maman blennie:



Ou encore pendant la ponte :



Et les sortis de l’œuf, les petits derniers, de quelques millimètres de longueur…



Quand on pense que ce petit être tout mignon, quand il aura boulotté toute l’éponge, ressemblera à ça :



Ben on se dit qu’on ne gagne pas toujours à grandir.

Mais tout n’est pas si simple, même dans les profondeurs sous-marines ; de nombreux mystères subsistent…

Ainsi que fait ce joli nudibranche sur une holothurie ?



Est-ce un grand amour impossible (la suite de Roméo et Juliette) ou un simple moyen de transport ?
Tu remarqueras que l’holothurie a des pointes blanches de la couleur du nudibranche, et que le nudibranche a des pointes brunes de la couleur de l’holothurie ; bizarre…

Il y a aussi les éternels en retard, qui ont loupé leur rendez-vous avec l’âme sœur.



Les planaires sont en fait très patients en amour. Ils ont bien raison.

Et puis il y les timides, qui se cachent dans les algues…



Dans quoi je me suis embarqué, moi, à raconter des histoires d’amours sous-marines… Je ne vais jamais trouver de chute !

Au printemps, les spirographes forment également des couples qui ondulent de concert au gré des courants sous-marins. Et c’est joli.



Conclusion :
Non, ce n’est pas n’importe quoi, c’est le professeur Burp (désagrégé en biologie animale) qui me l’a dit, d’abord.

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 19 avril 2009)

Sainte-Catherine un Lundi de Pâques

Le soleil finit toujours par pointer le bout de son nez, en Roussillon ; parfois plus rapidement que Monsieur Météo ne le prévoyait… Et quand c’est un jour férié, on plonge !

La houle s’est évaporée par enchantement, la mer est (presque) calme…
Pour un peu, on pourrait penser qu’elle s’est aussi réchauffée ! Ben non… pas plus de 13° (comme le rouge du pays), et c’est bien parce que c’est vous et que vous le valez bien.

Nous voilà pataugeant gaiement dans les eaux claires de l’anse Sainte Catherine, abrités de la tramontane par le Cap Béar.



Les rayons de soleil continuent leur course jusqu’aux fonds sous-marins, c’est à la fois inespéré et magique.

Vous connaissez ce site ? Non ? C’est facile, les roches et le corraligène descendent doucement vers le large de la baie de Paulilles ; à 22 m, il y a une marche avant le fond sableux, et cette marche de plusieurs mètres de hauteur est comme un gruyère où les trous sont garnis de murènes, congres, langoustes… En général, on finit la plongée près de la falaise dans quelques mètres d’eau, à la recherche de labres bleus et de petits mérous. Mais n’anticipons pas.

Donc on part les mains dans les poches (façon de parler) direction la profondeur ; mais vous êtes habitué à bien plus de 22m, j’en suis sûr. Sauf qu’ici, passé 22m, on est sur le sable et après c’est plat sur… plus que ça ! Et sur le coralligène avant le sable, on trouve de belles failles. Oui, je sais, je l’ai déjà dit plus haut, mais ne m’en voulez pas. Alors qu’a-t-on pu admirer en ce lundi de Pâque à cet endroit précis ?

D’abord, la gardienne de l’immeuble, j’ai nommé la murène.



Elle guette à sa fenêtre les plongeurs qui passent (ou repassent d’ailleurs, le sens n’a pas d’importance), et prend la pose, gueule ouverte… Merci madame la murène, vous êtes bien aimable.

Elle nous a laissé passer, ne vous retournez pas… Faites comme si de rien n’était !

Plus loin, une petite rascasse veut passer inaperçue.



Mon œil de lynx l’a repérée !
Et là, une autre rascasse… Essayons de nous rapprocher encore !



Ha… Je savoure cette plongée, ce calme…

Plus loin, les langoustes promises à mon binôme nous attendent.



Plus près, je ne peux pas ; les longues antennes gênent le paparazzi que je suis !
Attends, je vais trouver des crustacés qui n’ont pas de longues antennes…

Là… Une petite crevette !



Si vous regardez bien, vous verrez qu’elle sourit. C’est parce que je lui ai dit que c’était pour vous, et rien que pour vous. On respecte l’intimité, sur ce forum.

Les parois sont couvertes de jolies anémones jaunes.



J’adore ces petits soleils…
Comme la murène, l’anémone a une bouche ; mais si, au milieu de chaque soleil !
Ne la fâchez pas, ne lui faites pas remarquer qu’elle n’a plus de dents… de toute manière elle est bien plus jolie comme ça, non ?

*****
Nous remontons doucement la pente de l’anse Sainte Catherine…
Les nudibranches sont encore cachés ; ils ont peut-être une information sur la météo de demain que ma grenouille n’a pas encore !
Le bateau nous attend. Quelques instants plus tard, l’Aigle (c’est le nom du bateau en question) s’envole vers Banyuls, nous éloignant rapidement de ce petit paradis sous-marin.

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 13 avril 2009)

Grisaille

Nous avons aujourd’hui le plaisir de retrouver le Schtroumpf plongeur, remis de ses aventures passées.



Un ciel gris, la pluie, une mer démontée (vent de Nord-Ouest force 6 à 7, ponctuellement force 8 avec fortes rafales)… Mais où es-tu donc, petit schtroumpf ?
(tout le monde va penser en Bretagne, en Normandie, ou encore chez les Ch’tis…)

« Je viens schtroumpfer à Cerbère, quelle météo de @&%# ! ». (J'ai dû censurer le dernier mot).
Notre petit ami bleu n’a pas de chance, la Pâque Catalane est pluvieuse cette année ; les processionnaires de la Sanch ont dû se planter de psaumes et amener la pluie. Les petites fleurs printanières ne s’en plaignent pas, mais ce sont bien les seules.

La mer est formée, la traversée est sportive, jusqu’au site appelé « ocell », protégé de la houle. En fait, ce site, situé entre Port-Bou et Cerbère, est en Espagne ; le schtroumpf plongeur n’a rien à déclarer ?
En l’absence de douaniers en mer, c’est parti pour une petite plongée !

Hélas, la houle n’est pas qu’en surface et poursuit les plongeurs jusqu’à plus de 20m de profondeur !
La faune se cache, ou bien s’amuse dans le va et vient du courant.
Les plongeurs subissent les flots, 2m à bâbord, 2m à tribord, etc… Mine de rien, on avance quand même !



Le corail jaune rentre ses jolis bras.



Les petites rascasses se réfugient dans les trous du coralligène.



Les grandes rascasses font de même, mais c’est peut-être parce que c’est l’heure de la sieste, et la sieste c’est sacré en Espagne.



Bouh qu’elle est vilaine !

Les oursins se protègent également de la houle ; celui a mis son casque :



Heu, le coquillage est peut-être un peu trop petit, non ?

Mais d’autres créatures surveillent craintivement l’évolution de la houle, elles ont un mauvais souvenir de la tempête de décembre.



Leur stratégie est de se rouler en boule, et de sortir les yeux de leur trou…



Hum… ça n’a pas l’air de se calmer, Octopus préfère se retirer dans sa tanière.

Les bouquets de clavelines résistent bien au courant ; les être fixés profitent du surplus de nourriture apporté par les flots.



Notre ami le schtroumpf plongeur pose pour la postérité.



Il n’a pas froid, malgré la fraîcheur de l’eau (13°) ; son organisme au sang bleu doit y être pour quelque chose. Nous pouvons d’ailleurs nous interroger sur le bien fondé de nos tables de plongée appliquées au schtroumpf.

Tiens, je ne le vois plus. Pourtant j’entends ses bulles…



Aïe, il a été aspiré par une ascidie rouge !
Est-il autorisé de sacrifier une belle ascidie pour la vie d’un schtroumpf ? Le dilemme est cornélien.
En plus, on dirait deux ascidies siamoises, on ne peut pas toucher à l’une sans porter atteinte à l’autre.

Désolé, petit schtroumpf, je te laisse dans ton ascidie, ça te changera des champignons… À la prochaine !

****
Post-scriptum :
Rassurez-vous, l’ascidie n’a pas pu digérer le schtroumpf plongeur et l’a rejeté, elle n’a pas aimé les palmes en plastique. Tout va donc pour le mieux !

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 12 avril 2009)

samedi 11 avril 2009

Créatures célestes

La pluie est tombée toute la semaine, d’un ciel gris et triste.
Pourtant le soleil est apparu samedi matin, et le Canigou, au loin, prend des allures de mont Fuji enneigé…



Nous sommes en route pour les épaves du Cap Béar. Pas les épaves profondes, victimes des guerres fratricides, mais les épaves victimes des furies des eaux.

Sylvain peut jeter l’ancre tout près du cap, pas une vague ne remue la surface des eaux.

Nous rejoignons rapidement le fond, un faible courant nous oblige à palmer en crabes... Un petit congre effarouché sort la tête à notre approche, mais ses amies crevettes ne sortent que leurs antennes !



Nous arrivons quand même à prendre en photo par surprise les nudibranches…



… et les planaires.



Mais où sont les épaves ?
Nous remontons un petit canyon et apercevons un petit morceau de tôle.



On doit être sur la bonne voie.
Plus on remonte le long du tombant, plus les ferrailles en tout genre se succèdent.





Qui s’est amusé au mikado avec les poutres ?
D’autres pièces semblent moins abîmées, mais j’ai quand même du mal à les identifier.



Celle-là ressemble à un arbre de vilebrequin.



Ça semble coincé, Sam, laisse tomber !

Nous trouvons enfin le facétieux joueur de mikado :



Le Bazan et les autres épaves de ce site ont permis de combler les carences en fer de ce petit poulpe ; c’est qu’il est devenu costaud, le poulpe ! Si vous le croisez, ne vous essayez pas à un bras de fer avec lui…

Nous quittons ce cimetière d’épaves en contemplant les bouquets laissés en offrande par mère nature.



*****

Nous continuons la journée de samedi par une petite plongée plus près du cap Gros, sur un site que Sylvain a baptisé le sec de la Dorade.
Là aussi on trouve de la ferraille, mais cela ressemble plus à de la plomberie qu’à des épaves de navires !



Les habitants marins m’y connaissent, ils se laissent approcher.



Petite galathée, on se serre la pince ?



Madame la murène, on sourit pour la photo !

C’est bizarre, la faune fixée semble vouloir se déplacer…



Cette anémone n’était pas là tout à l’heure. Sur son pied unique, elle se déplace en sautillant ?
Recherche-t-elle un ami, petit crabe ou crevette ravis par la tempête de décembre ?

Le relief prononcé et surtout la lumière, filtrée par les eaux, devenue comme palpable, confèrent aux lieux une grande quiétude.





La sérénité des lieux s’est transmise aux plongeurs.

****

Dimanche matin.
Les plongées de la veille encore en rêve dans nos têtes mal réveillées, nous descendons, descendons, descendons… La visibilité ne paraît pas trop mauvaise et j’ai l’impression d’un plongeons sans fin lors de la descente, un peu rapide, tête en bas, sur l’épave de l’Astrée.

La profondeur du site accroît le sentiment d’être ici dans un autre monde, celui des épaves qui ont une âme. La descente nous amène directement sur le château, où se regroupent des nuages d’anthias.



Comme le week-end précédent, nous prenons la direction de la poupe.

Nous retrouvons une godive orange, superbe, mais seule.



Je ne trouve pas de trace de son compagnon, qui l’accompagnait la semaine précédente.

Nous rejoignons la poupe, après avoir survolé les cales grandes ouvertes. La bonne visibilité relative nous donne envie de descendre encore. Jusque sur le sable, face à l’énorme hélice, presque entièrement hors du sable, à côté du safran, orienté comme si le navire virait sur tribord. La coque de la poupe, couverte de gorgones mauves, nous surplombe ; il fait encore plus sombre que sur le pont du navire.
À -47m, on ne s’attarde pas trop, pour ne pas devoir s’attarder ensuite aux paliers…
Nous devons faire un effort pour nous soustraire à la quiétude, la sérénité des lieux qui imprègne nos âmes et qui nous invite à rester encore un peu, juste un peu, un petit peu plus longtemps…

Nous retournons sur le château, et en faisons le tour avant de rejoindre le bout. D’autres plongeurs sont là, ils nous suivront pendant la remontée.

L’eau est calme, il n’y a vraiment pas de courant, je déguste jusqu’à la remontée de cette plongée. Je m’éloigne un peu du bout, il y a trop de bulles venant des plongeurs du fond.

Une chose passe, assez rapidement, non loin de moi.



Je distingue des tentacules, un corps… Je tente de me rapprocher, la « chose » est magnifique, ça vaut bien le coup de s’éloigner un peu des autres plongeurs…



Une si belle créature pourrait-elle être d’ « ailleurs » ?



Elle nage rapidement, avec une grâce extraordinaire, elle semble m’indiquer une direction à suivre.

J’aperçois alors d’autres créatures qui forment comme une chaîne vivante.



Elles m’invitent à les rejoindre.



À les rejoindre ou bien à me joindre à elles ?



Je m’imagine partageant avec elles l’ivresse des océans.
Suis-je devenu une créature marine céleste ?



« Je vais vers mon pays, mon refuge
Pour moi, plus jamais d’horizons lointains,
Calme est mon cœur et il attend son heure.
Partout, la terre bien-aimée fleurit au printemps et verdit
De nouveau ! Partout et éternellement, l’horizon sera bleu !
Éternellement… Éternellement… » (*)

Les horizons des océans seront bleus également, éternellement…

*****

Après une remontée un peu plus longue que prévue, je rejoignais les plongeurs au bout.

Épilogue :
Olga et Arnaud m’ont confessé avoir réalisé cette plongée sur l’Astrée en mémoire de Tautaz.
Je ne leur ai pas avoué ; moi aussi j‘ai pensé aux absents durant les plongées de ce week-end.

(*) Extrait du Chant de la Terre, G. Mahler, d’après des poèmes chinois.

(article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 5 avril 2009, à la mémoire de Tautaz)

dimanche 5 avril 2009

Astrée de printemps

La lumière n’était pas au rendez-vous ce samedi matin, sur l’épave de l’Astrée, au large du Cap Béar. Le ciel était sombre, juste un peu avant la pluie, et la mer aussi était bien sombre… surtout à -40m de la surface. L’eau est fraîche en ce printemps naissant, d’après la loi physique sur la densité des liquides en fonction de leur température (voir le thermomètre de Galilée), j’aurai besoin de plus de poids pour descendre… À -40m, avec la pression, la densité de l’eau sera encore plus importante, un petit peu…

*****

Nous ne voyons pas à plus de 2m, malgré nos phares.
Apercevez-vous les palmes de Michel, devant moi ?



Moi non !

Depuis la bouée en surface, nous descendons tranquillement jusqu’au château de l’épave. Les coursives sont tentantes, mais nous nous décidons pour longer le navire, juste au-dessus du pont, entre la rambarde et les cales ouvertes et sombres.

De nombreux souvenirs de plongées me reviennent en mémoire ; j’avais passé mon N3 sur cette épave il y a quelques années… Souvenirs de purée de poix, de visibilités pourrie ou magnifique, de poissons lune curieux aux paliers et de sars tambours royaux sur le château, et aussi d’exercices d’assistances. Aujourd’hui la mauvaise visibilité ne m’invite pas à descendre plus bas, mes compagnons de plongée ne semblent pas tentés non plus par l’aventure.

L’ambiance invite au recueillement, au dialogue intérieur, ou bien est-ce la narcose, juste ce qu’il faut pour se sentir bien. Je suis sur un site connu, nous partons vers la poupe. Dans l’autre direction, nous trouverions la cassure de la torpille, et pas forcément l’avant de l’épave…

Quelques filets anciens habillent l’épave. Ici, la vie s’est finalement fixée sur ces véritables toiles d’araignée pourtant destinées originellement à apporter la mort. Des gorgones rouges ou mauves ornent la coque.



Des petits groupes d’anthias se dispersent devant nous.



Ces poissons sont superbes, élégants avec leurs longues nageoires, pareils à des poissons tropicaux… Pourquoi ne viennent-ils pas se faire admirer à de moindres profondeurs ?

Plus loin, le spectacle de deux nudibranches endémiques nous récompense de notre résolution à plonger, malgré le froid et l’obscurité.





Je serais bien resté à les admirer plus longtemps…

Nous voilà bientôt à la poupe. Descendrons-nous le long du safran ? Pas pour notre première plongée de l’année sur cette magnifique épave.

Nous revenons par l’autre bord vers le château ; mais il est temps de remonter, le temps passe si vite à cette profondeur.
Aux paliers, nous profitons d’un peu plus de lumière dans une eau verdâtre, vide de vie ; je n’aurai même pas droit aux petits planctons phosphorescents…

Et bien vous n’allez pas me croire, désabusé, j’ai quand même déroulé mon parachute : il n’y avait aucun nœud !!!
Serais-je enfin débarrassé du sortilège du parachute emmêlé ?

*****

Avec le réchauffement climatique, la densité des mers va être modifiée.
Peut-être aurons-nous besoin de moins de plombs pour plonger…
Peut-être de nombreux navires, plus lourds que la masse de liquide déplacé, vont subitement devenir de nouvelles épaves…

mardi 24 mars 2009

Sortilège

L’équinoxe de printemps, en Roussillon, c’est un ciel d’azur, un soleil qui éclaire une mer couleur émeraude, et une houle assez forte qui aura raison des estomacs les plus sensibles plus tard…

Une si belle journée ne pouvait se passer d’une plongée devant marquer un « début de saison ».

Le bateau du club d’Argelès est seul en mer, tournant autour de la gueuse qui marque la position du Saumur, au large de Port-Vendres, larguant les palanquées les unes après les autres ; ha non, un autre bateau arrive un peu plus au large, au-dessus de l’Astrée. La houle est assez forte, malgré l’absence de vent.

Allez, on y va ?
On attend quelques secondes en surface : il n’y a pas de courant ; on savoure le temps présent, celui qui précède la plongée, et on savoure d’avance aussi la prochaine plongée.

Le bout est presque vertical, l’eau est verte, mais assez lumineuse en surface. La descente se fait tranquillement, la visibilité vers le bas est assez bonne, et nous voyons l’obscurité des fonds se rapprocher…
-25m, il fait nuit, nous allumons nos phares et nos lampes flash accrochées aux stabs.
-36m, n’avons pas atteint le fond de sable (situé à -40m), que nous voyons des tôles verticales près du bout. Où sommes nous sur l’épave ? Je pense d’abord que nous sommes dans la cassure entre le château et la proue, je reconnais bien ces tôles ! D’ailleurs, il y a un bout accroché à un côté et qui doit mener de l’autre côté. Nous le suivons, ça ne devrait pas être long pour rejoindre le château, tout au plus 10m ; ben non, ça me paraît bien long, et le bout descend, on est déjà à -42m et on a bien parcouru 25m ! On n’en voit pas la fin… bon je me suis trompé, errare humanum est, demi-tour : il doit s’agir d’un filet. En regardant bien, il doit être assez ancien, sur la corde se sont développées des petites gorgones..

Nous revoilà près de la gueuse, et nous remontons au-dessus de la tôle verticale. Ici, l’épave est un amas de tôles enchevêtrées. C’est un coin de l’épave que je connais assez mal… C’est la poupe !
Un gros congre nous épie, depuis son repère.



Je suis très agréablement surpris : autour de son antre, il y a de petites anémones bijoux (corynactis viridis). Si j’avais eu l’appareil photo dont le caisson est en réparation, je vous aurais offert de jolies macro-photos de ces magnifiques anémones. Pour l’instant, il n’y en a pas autant que sur le bananier, mais avec le temps, on peut espérer qu’elles vont se multiplier…

Nous passons au-dessus de l’hélice de secours fixée sur le pont, et arrivons au château. Nous y croisons une autre palanquée, nous ne sommes pas seuls !

Un gros poisson nous suit ; enfin, je m’exprime mal, car il est devant nous, il nous précède, mais il semble deviner où nous allons (vers la proue). Je m’approche de lui : c’est un sar à museau pointu d’environ 60cm de long, d’autres sars se joignent à notre palanquée.

Nous arrivons à la fameuse cassure devant le château ; là, il n’y a pas de bout pour passer de l’autre côté, qu’on ne voit pas… Bon, ben on descend au fond et on remonte de l’autre côté…

Nous continuons vers la proue, en survolant les cales béantes. La mauvaise visibilité ne nous permet pas d’apercevoir ce qu’il y a au fond des cales…
Voilà la prochaine étape : les manches à air. Dans celle de bâbord, il devrait y avoir un énorme congre, toujours le même à qui je ne manque pas de dire un petit coucou quand je passe dans le coin. Il est bien là, presque aussi large que la manche à air (qui fait bien 50cm de diamètre). J’ai à peine le temps de faire signe à Sam, que le congre est descendu rejoindre ses appartements dans les cales… L’autre solution pour lui était de remonter, et dans ce cas là ce sont les plongeurs qui ne manquent pas de s’éloigner rapidement !
Continuons notre visite vers la proue ; ce sera un aller simple : descente à la poupe et remontée à la proue, de toute manière on retrouverait difficilement le bout en retournant sur nos pas. Nous arrivons aux dernières cales… Une belle langouste se promène tranquillement sur une des parois verticales.



Nous voilà enfin arrivés à la mitrailleuse, près de la proue, à peine visible dans l’obscurité, malgré nos phares.



C’est bizarre, on dirait qu’il y a quelqu’un derrière la mitrailleuse… Un spectre ! Je savais que cette épave était hantée !

Continuons, on ne va pas chercher noise aux habitants de l’épave un premier jour de printemps. Nous passons au-dessus des chaînes d’ancre et nous voilà à la proue ; un petit nudibranche se pavane sur un tube.



Nous avons parcouru du chemin, et passé près de 20mn sous l’eau. Il serait peut-être temps de penser à remonter ! Nous avons encore de l’air, mais on va limiter les paliers à 12mn, à cause de la houle qu’on va trouver près de la surface. mi pression

Nous entamons la remontée, heureux de cette belle plongée qui nous aura permis de survoler toute la longueur de l’épave.

Tiens, quelle est cette lumière étrange ?



Je ralentis ma remontée.
Une créature s’approche, tourne autour de moi ; serait-ce une créature remontée des abysses pour célébrer l’équinoxe ?



Ou bien un être venu d’ailleurs ???



Au bout d’une minute, il s’éloigne, et il semble alors changer de forme, pour ressembler à une étoile scintillante…
Je crois bien qu’ « ils » sont revenus… Mais qui me croira ?

Je remonte rejoindre Sam.
Je sors mon parachute de palier ; la dernière fois il s’était tout emmêlé et j’avais dû demander à mon binôme de sortir le sien. Mais là, j’ai fait attention à son rangement.

Mais, mille sabords, les êtres venus d’ailleurs ont dû jeter un mauvais sortilège à mon parachute ; j’ouvre la pochette et j’en sors un nœud indémêlable ! Heu, Sam, tu peux sortir ton parachute ???



Mais si, Sam, ça va bien…

(Article publié initialement sur le forum de Passion-Plongée le 21 mars 2009)