mercredi 6 juillet 2016

Une petite histoire sous-marine

C'était après une journée fatigante, passée au bureau à dénouer les intrigues d'anciens bornages. Je retrouvais comme convenu mon ami Daniel à 19h à l'entrée de Port-Vendres, à côté du petit cimetière qui surplombe l'anse d'en Baux.

La faible tramontane ne parvenait pas à rafraîchir l'atmosphère, et le thermomètre indiquait encore 30° en cette fin de journée. Quelques enfants barbotaient en bord de plage, sous la surveillance approximative de leurs parents. La mer s'agitait un peu en surface, rien de bien méchant pour des plongeurs qui ne restent pas longtemps en surface. Elle était d'un bleu foncé comme on n'en voit que l'été, et sur les cartes postales.

L'eau était si claire que j'avais l'impression de voler dans les airs, c'était magique ! Nous avons survolé une zone de sable, où quelques bernards l'ermite se promenaient déjà, à la recherche d'un apéritif marin. Des vestiges archéologiques de pneus étaient complètement couverts de gorgones blanches ; là une maman poulpe ventilait sa ponte dans un tuyau douillettement aménagé pour l'occasion en pouponnière, nous ne nous sommes pas attardés pour ne pas la déranger.

En partant en direction du Nord, nous avons retrouvé des roches de coralligène à partir de 12 m de profondeur ; au-dessus, c'était un ballet de milliers de petits poissons : oblades, castagnoles, sars, des girelles et des nuées compactes de minuscules alevins que j'avais peur d'avaler ! Je sais que c'est une pensée stupide, mais c'est ce que j'ai pensé alors, je devais être narcosé par -12 m à moins que je sois narcosé en permanence finalement.
Un peu plus bas, vers -16 m, un nuage blanc recouvrait les fonds marins ; j'y ai fait une brève incursion, et l'eau y était glacée ! Nous avons donc pris la sage décision de rester dans l'eau chaude (20°) au-dessus des nuages. Les roches qui dépassaient du nuage glacé ressemblaient à des îles ; nous nous sommes donc promenés d'île en île en contemplant ce merveilleux aquarium naturel.

Là, deux petites murènes se faisaient faire un détartrage dentaire par de vaillantes crevettes. Là, une petite thuridille se promenait sur un codium énorme, comme sur un piédestal gigantesque à son échelle. Sur cette roche, quatre petites doris tricolores faisaient une ronde en chantant à tue tête (je les entendais très clairement). Une cour de girelles femelles semblait courir après un mâle coloré qui semblait s'amuser. Nous nous déplacions au milieu de tout ce petit monde, sans les effaroucher, les castagnoles s'approchaient à quelques centimètres de mon masque, et moi je souriais bêtement dans mon détendeur.

Puis nous avons changé de coin, nous sommes partis en direction du Sud, en traversant l'anse de l'huile. Je m'attendais à ne trouver que des plaines de sable arides (sous l'eau, c'est une façon de parler !) jusqu'au site du cap Gros (dit de la maison bleue). En fait, au milieu de la petite baie, une roche remonte jusqu'à quelques mètres seulement de la surface ; et là nous nous sommes retrouvés au milieu d'un attroupement de sars et de castagnoles, avec quelques pagres intrus. Que se passe-t-il ? Un spectacle, une star sous-marine est-elle attendue ?
Non, c'était tout simplement le plaisir de nager ensemble, entre poissons. Alors Daniel et moi avons rejoint ce banc de poissons, et sommes devenus quelques temps poissons nous aussi.

Au bout de 80 mn, avant que des nageoires commencent à nous pousser, nous sommes repartis vers le bord un peu à contre cœur. Nous avions assez d'air pour continuer pendant quelques temps encore, mais nos familles se seraient inquiétées.

C'était un petit récit sans photo, car parfois je plonge sans œil électronique, pour mieux profiter de ma plongée avec mes propres sens. Maintenant, ferme les yeux quelques instants... Peut-être que je peux partager ainsi avec toi cette magnifique plongée, par le rêve...

samedi 5 mars 2016

Coquin de Sor

Ce matin, je retrouve mon binôme Sam à Canet pour enfin plonger sur une épave, le Sor qu'on appelle aussi la Péniche quand on ne se souvient plus du Sor après une semaine de dur labeur ou un repas trop arrosé la veille au soir. Mais revenons à notre plongée de ce matin.

Nous nous retrouvons au club à 8h30 pour partir avant le retour de la Tramontane, qu'on appelle aussi le vent qui rend fou, sans pour autant avoir oublié son nom.

Nous sortons donc du port vers 9h00 ; en fait je n'ai pas noté l'heure, mais 9h00 ça paraît réaliste. Sinon personne ne croira à mon histoire. J'ai même des photos pour ceux qui ne croiraient pas qu'on a plongé ce matin.


Nous partons vers le Sud, en direction de la côte rocheuse ; les cimes des Albères sont même enneigées.


Vers l'Ouest, le Canigou aussi est bien couvert de crème glacée.


Notre capitaine François balise l'épave en moins de temps qu'il n'en faut pour un plongeur pour chausser ses palmes. Je suis assis à côté de mon binôme quand François nous indique qu'on peut se mettre à l'eau, à côté de la balise. Je vais pour me mettre à l'eau à ma manière, palmes en avant depuis le boudin du semi-rigide, quand je me sens entraîné dans l'eau par mon bloc... C'est bizarre, cette mise à l'eau par le côté, avec cette sensation d'être retenu par le bloc à quelque chose, alors que je vois le bateau s'éloigner.

Mais Sam est juste à mes côtés, et en fait nous sommes reliés l'un à l'autre par les blocs, mais comment ? C'est un mystère. Comment plonger ainsi, bloc contre bloc, dos à dos avec son binôme ?

Je lâche mon détendeur, et je me libère de mon binôme ; c'était donc un emmêlage de flexibles de détendeurs qui nous reliait ainsi. Je vois Sam faire un canard (une immersion pour les néophytes de la plongée, on peut aussi faire coin-coin en même temps pour plus de réalisme). Et moi, je suis en surface et je ne retrouve plus mon détendeur... Je me contorsionne en arrière, et trifouille avec ma main droite parmi les flexibles au départ du premier étage. Ça, c'est le direct-system, ça l'inflateur de l'étanche, et ça c'est enfin mon détendeur principal ! Ouf, je rejoins Sam qui m'attend sagement 3 m sous la surface, près du bout de la balise.

Mes oreilles et mes sinus font des bruits bizarres pendant la descente (couic, pouf, coin-coin), mais nous parvenons sur le fond de vase et de sable sans trop de problème, au pied de l'épave, par 28 m de profondeur.

Là, une petite doris géante nous attend, pour la photo sans doute.


Petite doris géante ? L'Hypselodoris picta a pour nom vernaculaire « doris géante », et celle-ci est de petite taille (environ 6 cm), et elle bleue ce qui n'a aucun rapport avec la taille mais d'habitude elles sont plutôt jaunes.

Je rejoins Sam sur le pont à la proue, il est patient, il m'attend encore. Il mérite une médaille.


La lampe est essentielle, elle permet de situer son binôme, dans cette merveilleuse eau verte et fraîche (11° comme le titrage du rosé d'hier soir).
Nous avançons maintenant en palmage grenouille, afin de ne pas remuer la vase qui recouvre l'épave.
Le gardien de la proue est là, dans sa petite guérite.


C'est un gardien un peu timide, un peu concierge, un peu poulpe aussi.


Nous le laissons continuer sa gymnastique octo-pédique, et partons visiter la cale encombrée de poteaux en béton, le chargement de la péniche. On y trouve des charmantes petites blennies, tout aussi timides que le céphalopode.


Je sens que l'intérêt du lecteur s'émousse. Pour le suspens, je ne peux pas dévoiler toutes les richesses faunistiques de cette épave dès la première photo !
D'ailleurs, entre les poteaux, voilà une belle langouste, antennes pointées vers nous, sans doute pour communiquer par ondes ultra-coin-coin avec les plongeurs.


Nous arrivons à la cabine arrière ; tandis que Sam remonte pour la survoler, je rentre dans la cabine. J'ai peur de tomber nez à nez avec le congre monstrueux qui dévore un plongeur pour son déjeuner. Je suis encore là, donc le congre est sorti se promener. Mais un autre monstre me contemple, il déploie ses deux énormes pinces pour m'intimider.


Maman ! Je m'empresse de ressortir de la cabine, et de rejoindre Sam qui m'attend, toujours patiemment. Du moins je crois que c'est lui, j'aurais un peu de mal à l'identifier...


Un faible courant emporte les particules de la proue vers la poupe ; en m'orientant face au courant, je parviens à approcher une petite protule tubulaire.


Ce joli ver vit dans un tube qu'il a édifié sur la coque de l'épave. C'est un squatteur.


Il attrape au passage sa nourriture : micro-organismes marins et micro-plongeurs inconscients.
Nous parcourons maintenant les deux caissons immergés à l'arrière du Sor. De nombreuses petites rascasses s'y prélassent.
Elles comptent sur leur immobilité pour ne pas se faire remarquer du photographe plongeur, mais c'est raté.


Je rejoins Sam, toujours patient, il mériterait un poutou, et nous décidons de remonter avant d'avoir des paliers trop déraisonnables pour la saison. Le bout du balisage est toujours en place, et nous reprenons notre palmage façon canard, coin-coin pour les intimes.

Nous voilà aux paliers, nous passons 10 mn à nous remémorer cette plongée, avec ses belles rencontres.


Près de la surface, la visibilité est bien meilleure (à environ 20 cm de profondeur), on aurait dû plonger là.


Nous faisons surface, le bateau nous attend non loin de là, patiemment.
L'histoire se finit bien, même sans princesse épousant un prince charmant à la fin, après tant de rencontres avec des monstres marins terribles. Nous rejoignons le port et le club dans le vent forcissant et l'allégresse générale des quatre plongeurs du matin.
Youpi.

lundi 1 février 2016

Sous les eaux de l'étang de Thau

L'étang de Thau est un haut lieu de la plongée pour tous ceux qui s'intéressent à la biologie sous-marine (ou sous-étang !), particulièrement les toutes petites bêtes !
Je n'y étais pas retourné depuis bien longtemps, n'ayant pas pu participer aux dernières sorties organisées par les moniteurs bio, et c'est avec un grand enthousiasme que je retrouvais le ciel bleu de Sète, la digue de la mise à l'eau avec son petit phare coloré à l'extrémité Ouest du canal du Rhône à Sète, et le ponton de la Bordelaise.


L'eau claire et le ciel bleu n'ont pas convaincu les plongeurs du club de se joindre à nous, et nous voilà seulement deux plongeurs autonomes photographes, en combinaison étanche par-dessus une petite laine plutôt épaisse, prêts à rejoindre les fonds vertigineux de l'étang : maximum 7 m à l'extrémité du ponton !

C'est pourtant l'une des plongées les plus techniques que je connaisse, car les fonds sont recouverts d'une couche de vase très épaisse (plus que la longueur de mon bras), et le moindre palmage vers le fond, le moindre mouvement brusque soulèvent un nuage opaque de particules qui mettra de très longues minutes à se dissiper.
Nous voilà donc partant en palmage façon « grenouille » vers le ponton.

L'eau est particulièrement claire, les rayons du soleil créent une luminosité exceptionnelle qu'on ne trouve ici qu'en hiver.
Première rencontre : un couple de nudibranches flamboyants, que je n'identifie pas sur le moment.


J'attends un peu, ma photo a dû déranger les petites bêtes, ou bien elles ont terminé leur étreinte, je reprends une photo sous un autre profil.


Mais je ne vais pas déranger plus longtemps ces charmantes Facelines de Boston. Je m'approche du ponton et de nombreuses épaves apparaissent, principalement des voitures très envasées et des bateaux en bois ou en polyester. Ces épaves sont devenues le support d'une faune fixée abondante : spirographes, ascidies, éponges...


Voilà un joli bouquet de magnifiques clavelines, qui reflètent les rayons du soleil de janvier à travers les eaux comme autant de petits soleils.


Les épaves, proches de la surface, peu protégées, sont en piteux état ; pourtant elles apportent une ambiance irréelle, fantomatique à cette plongée.


En étant attentif, nous découvrons une faune avec une étonnante capacité de mimétisme.

Une petite araignée de mer, entourée de spirographes, joue l'acrobate sur un ancien filet.


Les doris marbrées sont très nombreuses autour du ponton, elles se promènent aussi bien sur la vase que sur les algues qui ressemblent à de grosses salades.


Je suis à la recherche des fameux hippocampes de l'étang, pourtant ils resteront bien cachés durant cette plongée et nous n'en croisons aucun. Mais je débusque son petit cousin, le syngnathe.


Celui ne veut pas se laisser photographier ; tant pis, je vais demander à son copain !


Je crois qu'il veut bien se laisser approcher ! Je m'avance tout doucement, en essayant de me stabiliser du mieux possible ; je m'agrippe à un morceau d'épave, me voilà tiré d'affaire.



Je rencontre aussi de nombreuses seiches, toujours un peu timides, qui changent de couleur à mon approche.


Nous commençons à être engourdis dans l'eau fraîche. Nous prenons le chemin du retour en longeant la côte empierrée. Il n'y a pas 3 m de profondeur, et j'ai du mal à me maintenir au fond, je m'agrippe aux rochers pour faire mes dernières photos sans trop bouger.
Un petit lièvre de mer joue à l'équilibriste.


Enfin, avant de sortir la tête de l'eau après 90 mn de plongée, je fais un dernier cliché des petites anémones vertes dans l'eau bleue de l'étang de Thau.


Si vous venez plonger ici dans quelques mois, l'eau se sera réchauffée, et elle sera d'une belle couleur verte style soupe de poireaux !

mercredi 7 octobre 2015

Plongeons sous la pluie

Le ciel catalan a perdu son azur habituel, et les orages se succèdent sans interruption depuis la veille. Tandis que les escargots pointent leurs doubles antennes en s'interrogeant sur cette étrange météo, quelques hommes grenouilles rejoignent gaiement leur terrain de jeu, au large de Saint-Cyprien.


La houle venant du large n'étant pas encore très forte, le semi-rigide couleur poussin fend les flots à toute allure tandis que chacun se cramponne comme il le peut, qui à un cordage, qui au rack des blocs, qui à son voisin ou à sa voisine...


Les gouttes de pluie piquent les yeux, aïe ! Mais peu importe, nous avons hâte de plonger !


Nous voilà rapidement sur le site de plongée, que Michel s'empresse de baliser avec un joli pare- battage blanc. Le voilà déjà à l'eau avec sa palanquée tandis que je me prépare à le rejoindre avec mon binôme, mais une fois encore me voilà le dernier à me mettre à l'eau !


Plouf ! Mon binôme Firmin passe en tête, et c'est la surprise : le bleu du ciel a coulé en mer !


Rapidement, la silhouette de l'épave apparaît, au milieu d'un nuage blanc qui recouvre les fonds vaseux.


Sur le pont de la proue, un petit groupe de rougets monte la garde. On peut passer ?


Une minuscule blennie se cache dans un tuyau ; ne fais pas la timide, je prends juste une petite photo !


Nous passons par-dessus la proue...


... pour descendre dans les cales encombrées de poteaux électriques en béton, sous lesquels se planquent de gros congres et quelques petites langoustes.


Nous arrivons rapidement à la petite cabine de poupe, nous pénétrons par la porte qui donne sur la cale. Une ouverture au plafond éclaire difficilement la pièce.


Un joli corb détale avant que j'aie le temps de le prendre en photo par une des nombreuses ouvertures dans la coque pourrie. Firmin me rejoint à l'intérieur.


Nous admirons le congre qui loge là depuis toujours, mais il est assez colérique et nous ne attardons pas chez lui, nous ressortons par le dessus.


L'épave, isolée au milieu d'un désert sous-marin, est une véritable oasis pour les nudibranches.
Nous dérangeons à peine un couple de godives oranges en pleins ébats amoureux.


Une flabelline d'Ischia ouvre grand les yeux en voyant des plongeurs malgré cette météo pluvieuse. Je me demande comment elle sait qu'il pleut 28 m plus haut ?


Elle semble se hâter pour rejoindre un groupe de quatre autres flabellines en train de danser une curieuse sardane.


Mais voilà la plus appétissante des limaces du site : la doris géante.


Je demande à un petit copain plongeur de se poser à côté de la doris pour montrer l'échelle.


Ah non, ça ne va pas, le schtroumpf plongeur est en premier plan, et paraît bien plus grand que la doris. Comment faire ?


Un second schtroumpf plongeur vient illustrer la notion de perspective tout en donnant l'échelle de la doris géante. Voilà une plongée bien éducative, grâce aux schtroumpfs plongeurs.

Nous contournons la poupe et nous voilà sur le côté tribord, où un grand filet recouvre la coque ; mais ce filet semble habité !


Une autre doris géante est en train de pondre sur une rose de mer elle-même accrochée au filet. La ponte, qui forme un délicat ruban en spirale constitué de milliers d'oeufs, a la même couleur que la rose de mer.

Avant de terminer notre plongée, nous partons examiner les deux pontons coulés à la poupe de l'épave, mais la visibilité est assez mauvaise. Ces pontons semblent désertés par la faune, et nous croisons seulement quelques petites rascasses endormies.


Nous retournons sur l'épave principale, et voyons des bulles s'échapper de la cabine de poupe.


Voilà la palanquée de Michel qui sort de la cabine !


Il est temps de remonter, nous pensons aux copains restés sur le bateau sous la pluie et qui risqueraient de se faire mouiller...


Les paliers sont l'occasion de revivre en soi les instants magiques de cette plongée.



Mais... Quelle est donc petite épave ?
Pour vous aider à l'identifier, voilà une dernière photo du site :